Les épargnants reconnaissent mal maitriser la fiscalité, mais en tiennent compte quand même

Un paradoxe de plus : les Français reconnaissent massivement leur méconnaissance de la fiscalité de l’épargne, mais tiennent malgré tout compte de son impact.
Sommaire de l'article
La récente publication du "Baromètre Ifop pour Altaprofits, 2026" du 8 septembre 2026 est édifiante. Les Français reconnaissent massivement leur méconnaissance de la fiscalité de l’épargne, mais tiennent malgré tout compte de son impact dans leurs décisions patrimoniales.
Une large méconnaissance de la fiscalité de l’épargne
Selon l’enquête, 87 % des Français estiment avoir un niveau de connaissance faible ou lacunaire de la fiscalité de l’épargne (notes entre 1 et 6 sur 10), dont 31 % la qualifient de très mauvais (notes 1 à 2). À l’inverse, seuls 13 % jugent maîtriser bien le sujet (notes 7 à 10), et à peine 1 % se déclarent très bien informés (notes 9 à 10). Le déficit de connaissance est particulièrement marqué chez les femmes (92 % contre 81 % chez les hommes) et encore plus chez les femmes de moins de 35 ans (95 %). Les profils les plus confiants sont les cadres (22 %), les retraités CSP+ (20 %) et les diplômés du supérieur de 2e et 3e cycle (20 %).
Des exemples ?
Il suffit de scruter les réseaux sociaux pour constater la méconnaissance de la fiscalité. Les projections financières publiées (DCA, capital constitué) sont souvent erronées, confusion généralisée entre la fiscalité et les prélèvements sociaux . Les questions foisonnent sur les forums à propos du prélèvement de la banque lors du versement du capital d’un PEL, ou encore ces ponctions inexpliquées de plusieurs milliers d’euros lors de la sortie d’un PEA. Les intérêts des PEL sont fiscalisés et les prélèvements sociaux sont prélevés lors de la sortie en capital du PEA. Sans compter les épargnants ignorant encore la possibilité d’obtenir des rentes viagères non imposables sur le revenu.
La fiscalité pèse dans les arbitrages, surtout chez les plus âgés et les catégories aisées
Malgré ce manque de maîtrise, la fiscalité influence largement les décisions d’épargne : 76 % de ceux qui placent régulièrement considèrent qu’elle pèse dans leurs choix, dont 27 % « beaucoup » et 49 % « assez ». L’attention portée à la fiscalité est plus marquée chez les 65 ans et plus (81 %), les femmes de 35 ans et plus (81 %), les cadres (82 %) et les catégories aisées (84 %). En revanche, les plus jeunes et les femmes de moins de 35 ans y accordent moins d’attention.
Réactions probables face à une hausse de la fiscalité : arbitrage plutôt que repli
Si la fiscalité de l’épargne venait à augmenter, 46 % des épargnants envisageraient de réallouer leur épargne vers des dispositifs moins taxés, signe d’une logique d’optimisation. 28 % maintiendraient leur effort d’épargne, 20 % le diminueraient et 6 % l’augmenteraient. La tendance à la réallocation est particulièrement forte chez les cadres, les professions intermédiaires et les diplômés de niveau master/doctorat (54 % chacun), chez les hauts revenus (61 % pour les revenus supérieurs à 3 652 € par personne dans le foyer) et parmi les épargnants réguliers (50 %). À l’opposé, les ménages modestes et les moins diplômés privilégieraient davantage le maintien ou la réduction de leur effort d’épargne.
Observations d’Altaprofits
Altaprofits souligne que la fiscalité est un véritable levier d’orientation des comportements d’épargne : « Les Français en maîtrisent imparfaitement les mécanismes, mais ils en appréhendent les effets sur le rendement global de leurs placements et en tiennent compte dans leurs arbitrages patrimoniaux. » L’organisme rappelle toutefois l’importance de la pédagogie pour que l’incitation fiscale n’en devienne pas la seule motivation d’un placement. Comme le souligne Catherine Baudeneau, Directrice Marketing Offre et Communication d’Altaprofits : « La fiscalité est un levier important dans les choix d’épargne des Français. Mais il est toujours bon de rappeler qu’un placement ne se juge pas uniquement à l’aune de son avantage fiscal : il doit avant tout répondre à un objectif patrimonial et s’inscrire dans une vision de long terme. »
Variations régionales
Les disparités régionales sont notables : l’Occitanie et les Pays de la Loire affichent les plus forts déficits de connaissance (+7 et +9 points), tandis que le Grand Est se distingue par un meilleur niveau déclaré (4 % de « très bon », +3 points) et une attention supérieure à la fiscalité (85 %, +9 points). Les habitants de Bourgogne‑Franche‑Comté sont les plus nombreux à estimer que la fiscalité ne compte pas dans leurs choix (33 %, +9 points). En cas de hausse fiscale, les résidents de Nouvelle‑Aquitaine seraient les plus enclins à réduire leur effort d’épargne (28 %, +8 points).
L’investissement responsable : une attente forte mais des repères manquants
Sur l’investissement responsable, la majorité reconnaît son importance : 73 % considèrent ce critère « déterminant » (20 %) ou « important mais pas déterminant » (53 %), tandis que 27 % le placent comme critère secondaire. Les hommes, les catégories supérieures et les diplômés sont davantage à considérer le critère comme secondaire, alors que les étudiants, les catégories modestes et les ouvriers le jugent plus souvent déterminant.
La connaissance des indicateurs responsables reste limitée mais progresse
Seuls 31 % des Français déclarent connaître au moins un indicateur d’investissement responsable, en hausse de 5 points par rapport à 2025. Les critères ESG sont les mieux connus (23 %, dont 7 % savent précisément ce dont il s’agit), suivis par le Label ISR (22 %). Les labels Greenfin (9 %) et la classification SFDR (7 %) demeurent peu familiers du grand public. Les hommes, les moins de 35 ans, les cadres, les diplômés et les hauts revenus sont les plus familiers de ces indicateurs.
Manque d’information et défiance freinent la transition
Parmi ceux qui jugent le critère responsable important ou secondaire (80 % de l’échantillon), la principale raison de ne pas investir reste le déficit d’information : 74 % évoquent un manque d’informations (57 % en premier choix), 54 % se disent insuffisamment renseignés. Les craintes liées au risque (26 %) et au rendement (21 %) persistent. Parallèlement, 40 % expriment une défiance croissante, notamment par la crainte du GreenWashing (27 %) ou le manque de confiance envers les labels (19 %). Le manque d’information est particulièrement mentionné par les 18‑24 ans (82 %), les femmes (77 %) et les employés (79 %). Les cadres, les diplômés de 2e/3e cycle (47 %) et les hauts revenus (52 %) sont plus sensibles au risque de greenwashing.
« Le défi de l’investissement responsable n’est plus de convaincre de son importance, mais d’apporter la preuve de son impact. Cela passe par une information claire, plus transparente et plus accessible aux épargnants », rappelle Catherine Baudeneau.
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