Le franchissement du seuil des 70 dollars l’once par l’argent n’est pas un simple mouvement de prix passager ni une exagération du marché alimentée par la spéculation. La vérité est ailleurs.
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Selon Rania Gule, analyste de marché senior chez XS.com, le franchissement du seuil des 70 dollars l’once par l’argent n’est pas un simple mouvement de prix passager ni une exagération du marché alimentée par la spéculation. Il témoigne plutôt d’une nouvelle phase d’anxiété généralisée qui domine les marchés mondiaux. Nous assistons à une rare convergence de tensions géopolitiques croissantes, d’une évolution progressive du climat monétaire international et d’indicateurs économiques aux signaux contradictoires. Tout cela redéfinit le rôle de l’argent : non seulement comme actif industriel ou de couverture, mais aussi comme valeur refuge de pointe, se rapprochant de plus en plus du statut de l’or au sein des portefeuilles d’investissement.
(c) Google Finance
Selon moi, le facteur géopolitique joue actuellement un rôle prépondérant dans le soutien des cours de l’argent. L’escalade des tensions entre les États-Unis et le Venezuela, accompagnée de déclarations directes concernant la saisie de pétrole et de navires et la possibilité de leur vente, marque un tournant, passant des sanctions traditionnelles à une phase plus agressive qui affecte directement les chaînes d’approvisionnement énergétiques et commerciales mondiales. Historiquement, lorsque la politique entre dans une phase de décisions unilatérales et conflictuelles, la demande augmente pour les actifs non directement liés au risque souverain ou aux systèmes financiers. L’argent tire clairement profit de cette évolution des comportements d’investissement, d’autant plus qu’il demeure relativement moins cher que l’or et plus attractif pour les investisseurs de taille moyenne.
Cette situation est indissociable des tensions qui règnent simultanément en Europe de l’Est, où les attaques contre les infrastructures énergétiques russes se poursuivent, accentuant l’incertitude sur les marchés. Selon moi, ce type de risque n’apparaît pas immédiatement dans les indices boursiers ni dans les données économiques, mais s’insinue progressivement dans le prix des métaux précieux. Un investisseur avisé n’attend pas qu’une crise majeure éclate ; il agit dès les premiers signes d’instabilité stratégique à long terme.
En revanche, je considère la politique monétaire américaine comme le principal facteur structurel soutenant la tendance haussière de l’argent. Les déclarations des responsables de la Réserve fédérale, notamment celles de Steven Miran, témoignent d’un changement de ton notable, passant d’un resserrement monétaire à une certaine prudence. Reconnaître que le maintien d’une politique monétaire stable pourrait accroître les risques de récession envoie un message implicite aux marchés : des taux d’intérêt élevés ne constituent plus une option aussi sûre qu’il y a un an. Pour un actif non rémunérateur comme l’argent, une baisse – voire une stabilisation – des rendements réels lève l’un des principaux obstacles à sa hausse.
À mon avis, les marchés ont déjà intégré un scénario de baisse des taux d’intérêt, même si elle n’a pas encore été annoncée officiellement. À chaque diminution des anticipations de rendement, l’argent devient plus attractif comme réserve de valeur, surtout dans un contexte d’érosion du pouvoir d’achat et de pressions inflationnistes persistantes et latentes. C’est pourquoi je pense que l’argent ne se contente pas de réagir à l’actualité, mais anticipe une politique monétaire plus accommodante dans les mois à venir.
Concernant les données économiques américaines, et notamment le PIB, je les perçois comme un facteur d’équilibre délicat dans un contexte plus large. Si les prévisions tablent sur une croissance relativement soutenue de 3,2 %, le ralentissement observé par rapport au trimestre précédent a des implications importantes. L’économie américaine est toujours en croissance, mais elle perd progressivement de son élan. C’est précisément ce type de situation qui incite les investisseurs à rééquilibrer leurs portefeuilles plutôt qu’à se désengager complètement du risque. Dans de tels cas, l’argent devient un choix idéal, car il allie les caractéristiques d’une valeur refuge au potentiel de profiter d’une éventuelle reprise industrielle.
Je ne pense pas que le franchissement du seuil des 70 $ par l’argent représente nécessairement un plafond définitif pour la hausse. Il pourrait plutôt s’agir d’une importante phase de test psychologique et technique. Si les tensions géopolitiques persistent aux niveaux actuels et que les marchés sont convaincus que la Réserve fédérale s’apprête réellement à entamer un cycle d’assouplissement monétaire, alors un franchissement de ce niveau deviendra un scénario réaliste, et non plus exceptionnel. Cela dit, je n’exclus pas des périodes de correction technique, mais je pense qu’elles seront limitées et temporaires tant que les fondamentaux sous-jacents resteront solides.
En conclusion, je pense que l’argent traverse actuellement l’une des phases de réévaluation les plus importantes de son histoire moderne. Il n’est plus simplement un métal secondaire, à la traîne derrière l’or, mais est devenu un indicateur des craintes du marché, alimentées par des facteurs à la fois politiques et économiques. Personnellement, je m’attends à ce que l’argent se maintienne à des niveaux élevés et puisse même atteindre 100 dollars à moyen terme, avec une tendance haussière progressive – surtout si l’économie mondiale entre dans une phase d’incertitude prolongée, un contexte où les valeurs refuges prospèrent sans concurrence.
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